dimanche 21 janvier 2018

Un nouvel an à Tianjin

Pour fêter la transition vers l’année nouvelle, je suis allé à Pékin retrouver mon amie. Mais au mois de janvier, pendant qu’à Shenzhen il fait 25°C, à Shanghai c’est plutôt entre 5 et 8°C, tandis qu’on se caille les miches à Pékin avec -10°C au beau milieu de la journée. C’est comme ça la Chine.
Bon, pour être précis, nous sommes allés au sud de Pékin, à Tianjin, mais sur le plan météorologique, c’est kif kif pareil, je dirais même plus, same same.
Le petit périple me donne en tout cas l’occasion de donner quelques informations sur Tianjin, je ne vous en ai encore jamais parlé. Tianjin 天津 est donc à 120 km au sud de Pékin, mais c’est finalement tellement urbanisé que les banlieues des deux villes ont fusionné. Mais le train de banlieue qui rejoint les deux villes est très rapide, en fait c’est un tgv, à 350 km, en moins de 30 min nous voilà à destination. J’ai même pas eu le temps de faire une sieste !
Tianjin s’est développé à partir du VIIe siècle, sous la dynastie Sui, elle devient un port de commerce important. Bon là je vous le fait en résumé accéléré, on va dire qu’il s’est passé des trucs, puis au XIXe siècle, les puissances occidentales et chinoises s’affrontent avec les guerres de l’opium. Ma maman pensait que l’opium, c’était un truc de chinois, mais non, ce sont bien les anglais qui ont imposé de vendre leur camelote et quand les chinois ont tenté de se rebeller contre cet état de fait, les anglais et les français ont continué à imposer leur règle par la guerre.
En 1858 un traité de paix est signé, c’est le traité de Tianjin. Non seulement la Chine a perdu la guerre, mais en plus elle se voit imposé l’importation légale de l’opium, l’activité de missionnaires chrétiens ainsi que l’ouverture de ports chinois au commerce étranger et la création de concessions étrangères, par exemple à Shanghai et à Tianjin donc. Tianjin est ainsi divisé en fonction des intérêts occidentaux. D’ailleurs, depuis ce temps, certains chinois pensent toujours que les européens sont des barbares. Puis en 1937, c’est l’armée impériale japonaise qui poursuit les hostilités en envahissant la ville.
Aujourd’hui, avec 15 millions d’habitants, Tianjin est l’une des plus grandes villes chinoises, c’est aussi une ville plutôt riche. Certains districts ont le statut de zone économique spéciale et accueillent de nombreuses entreprises chinoises et étrangères. C’est aussi dans l’un de ces districts au bord de mer, qu’un entrepôt de produits chimiques a explosé en 2015 avec une puissance presque équivalente à celle de l’explosion industrielle de Toulouse en 2001.
La trace de la période des concessions européennes restent visible aujourd’hui dans l’architecture. De nombreux bâtiments du début du XXe siècle jalonnent les rues, mais la ville étant en plein boom économique, de nombreuses tours de verre leur font de l’ombre. Toutefois, ce mélange d’ancien et de moderne me rappelle une ville que j’avais bien aimée, Boston aux États-Unis. 
Bei an Bridge à Tianjin
Bei an Bridge à Tainjin
Nous arrivons donc à Tianjin par le train avec mon amie. Comme elle est de petite taille et qu’elle a une veste avec une capuche pointue, je l’appellerai la fille lutin, pour ne pas dévoiler son identité.
La gare centrale de Tianjin est au bord du fleuve Hai He 海河 qui se traduit par… mer-fleuve. C’est un peu bizarre. Non loin de la gare, une immense horloge un peu spéciale bat la mesure et rythme notre voyage à travers le temps. Elle est censée symboliser le début de l'industrie moderne chinoise.
Nous pouvons nous balader direct au centre ville et le long des berges du fleuve. C’est un peu romantique, et la fille lutin s’imagine à Paris mais je lui dis que Paris c’est quand même un peu différent.
Puis elle me montre la maison dans laquelle elle aimerait habiter, une belle demeure dans le style européen, au bord du fleuve.
« Le temps est un fleuve qui m’emporte, mais je suis le fleuve » écrit Borges.
La rivière Hai He toute gelée
Le fleuve est tout gelé, en tout cas en surface, tellement qu’on peut aller marcher dessus. Il fait froid et comme la fille lutin a froid aux mains, elle me dit qu’elle aimerait bien mettre ses pieds dans ma poche. Parce que quand la fille lutin parle en anglais, elle confond des mots. Lors d’une discussion sur ma vie en Chine et mes voyages, elle me dit « you like difficult life » mais en fait elle voulait dire « different life ».
Cela dit, en approfondissant un peu ce lapsus, j’ai tout de même eu des réflexions intérieures un peu métaphysique ou psychanalytique. Pourquoi passer tout ce temps à explorer le monde, à habiter dans un pays lointain, avec une langue et une écriture étrange, des coutumes différentes, alors que je pourrais rester dans ma zone de confort, au pays natal, avec une vie plus facile et un salaire sans doute plus important. Alors bien sûr il y a plein d’inconvénients mais aussi de nombreuses formes d’enrichissement sur le plan personnel, toutefois, je n’ai toujours pas répondu à ces questions. A difficult life or a different life ?
En continuant à se balader au bord de l’eau, nous rencontrons des pécheurs. Ils doivent d’abord percer la glace pour espérer atteindre le poisson de leur rêve. A un endroit, le long des berges, il y a aussi... des sculptures érotiques. Cette ville est vraiment bizarre.
En poursuivant nos déambulations, nous rencontrons un vieux monsieur, il est en train de cuisiner et vendre des espèces de petits gâteaux. Pour les curieux, voici le nom : 熟梨糕 shú lí gāo. Il y a une poudre de riz, blanche, et le monsieur en dépose un tas sur la cheminée d’une drôle de machine de cuisson à la vapeur. C’est rigolo parce que la machine à vapeur fait comme un bruit de flûte. Peut être est-ce un orgue ? Au bout de 30 secondes, c’est cuit, comme un biscuit ou un bout de pain, et le monsieur peut étaler de la confiture ou du sucre coloré et aromatisé sur le dessus. Et hop, il prend un nouveau tas de poudre et la positionne sur la cheminée de sa machine à vapeur. En soulevant le capuchon, hop, c’est comme un bruit de flûte. Et ainsi de suite.
Par ici il y a une petite video, mais qui n'est pas de moi, pour ceux qui veulent des images qui bougent et comprendre comment ça marche.
Sur les sièges à Louis
Nous achetons six de ces mets et comme il fait froid, nous allons dans un café un peu plus loin. Nous commandons un capuccino et nous dégustons notre trouvaille. Le café est à l’intérieur d’une de ces maisons de l’époque des concessions internationales, à l’intérieur le décor est un peu british avec des fauteuils dans le style Louis XV ou Louis XVIII, je ne sais pas trop. En fait j’y connais rien en design intérieure, le style british c’est pas avec des fauteuils à Louis 
C’est compliqué ces histoires de date de fauteuil. Presque autant que la date d’anniversaire de la fille lutin. Parce que sur son passeport, son anniversaire est le 9 janvier, mais en fait ce n’est pas le vrai jour. Parce qu’elle m’explique qu’elle est née le neuvième jour du premier mois du calendrier chinois, le calendrier lunaire. Elle me dit que cette année, son anniversaire, c’est le 24 février, et chaque année ça change. Enfin pas vraiment, ça ne change pas, c’est le neuvième jour du premier mois, mais comme le soleil et la lune sont décalés dans leur rotation respective… Je vous promets, Aristote et Ptolémée n’y sont pour rien. Alors c’est quel jour que tu es née, dans le calendrier grégorien ? Heu, c’est qui grégorien ? Il faut faire des calculs d’apothicaire, le neuvième jour du premier mois du calendrier lunaire de son année de naissance, c’était quand ? Et j’espère que ce n’est pas un 29 février ! Mais au fait, dans le calendrier julien, ça donne quoi ?
Réfléchir c’est fléchir deux fois, ou bien c’est fléchir à deux ? C’est le reflet ? En tout cas, avec toutes ces réflexions et pensées épistémologiques, ça nous a donné faim.
Le premier soir, nous avons mangé un hot pot, la fondue chinoise : les chinois disent 火锅 huǒguō. 火 c’est le feu et 锅 c’est la marmite. Il y a plusieurs formes de hot pot en Chine, celui qu’on a pris, c’est le 铜锅火锅. C’est comme une grosse marmite en cuivre, avec une cheminée, à l’intérieur, il y a des pierres chaudes ou du charbon, et cela permet de chauffer le bouillon. L’opération suivante consiste à cuire nos légumes ou nos morceaux de viandes dans le bouillon en ébullition. Ensuite, on peut trempouiller nos victuailles dans une sauce à la crème de sésame. Moi j’aime bien, c’est convivial et l’hiver ça tien chaud. C’est comme la raclette mais en plus diététique !
Hot Pot, la fondue chinoise, pour deux personnes
Le lendemain, au petit-déjeuner, nous avons pris des goubuli baozi (狗不理包子), des petits pains farcis et cuits à la vapeur avant de repartir affronter le froid de la ville.
Et toi, tu fais quoi le 31 ? Peut-être que le changement d’année symbolise le passage du temps, la fin d’un cycle. Et le changement peut effrayer. Aussi, comme on devient plus vieux et pour exorciser ce moment de crise, on n’aime bien le fêter à plusieurs, en faisant la fête, plutôt que d’avoir des pensées négatives. Une espèce de rite collectif. C’est ce que me disait la fille lutin pendant la journée, même si pour elle, le vrai nouvel an sera le mois prochain. Bien sûr pour le réveillon du jour de l’an, nous sommes allés au restaurant et j’ai eu des crevettes et aussi toute une tripoté d’autres plats.
Après le restaurant, je voulais aller dans un bar pour passer cette transition de 2017 à 2018, année de la cuite. Mais nous ne savons pas où aller, nous ne connaissons ni moi ni elle la ville, en plus aller au bar ce n’est pas tellement dans la culture chinoise. A Pékin ou à Shanghai, il y a des quartiers où on en trouve, c’est là où vont les expats et les étudiants étrangers.
Mais la fille lutin demande à baidu map où c’est qu’c’est y faut qu’on aille. Il y en a un pas trop loin, nous suivons les directives du téléphone.
Bon appétit
Finalement nous trouvons le bar, bizarrement située au sous-sol d’une barre d’immeuble d’un quartier résidentiel. Mais j’ai bien aimé l’endroit, c’est petit, il n’y a pas trop de monde et les bières ne sont pas chers. C’est soirée karaoké, les clients poussent la chansonnette et montrent leur talent à tour de rôle, mais la fille lutin ne sait pas chanter. J’en profite pour envoyer une vidéo à ma maman pour lui montrer que le réveillon se passe bien.
Après une bière, je deviens ivre, mais la fille lutin n’a pas besoin d’attendre ce point. Après trois gorgés de bière, elle est déjà toute rouge. Mais nous passons une belle soirée, nous papotons de cette nouvelle année qui nous attend. J’attendais un peu fébrile, ce moment transitoire et symbolique, le passage de minuit… Et puis rien du tout. Pas d’exclamation, pas d’embrassade, même pas de décompte. A minuit trois, la fille sur la scène termine sa chanson et une autre la remplace. C’est un peu bizarre. Peut-être faudra-t-il revenir pour le nouvel an chinois.
« Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure » Apollinaire.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

c'est bien vrai que son pays natal est le meilleur aurais tu un peu la nostalgie????
Bonne année mon grand

nadette a dit…

re Bonne Année on t'embrasse

mamounette a dit…

Je la trouve plutôt jolie la fille lutin tu nous la présente bientôt? 😊